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L'Avenir fédéraliste de l'Europe

L'Avenir fédéraliste de l'Europe: la Communauté Européenne des origines au traité de Maastricht
Dusan Sidjanski

ISBN:2-13-0-44-944-1
Publié par: PUF, Coll. IUEE, Paris
Date: 1992, 1993

Introduction par J. Delors

Avant-propos de H. K. Jacobson

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Avant-propos de Harold K. Jacobson, ancien directeur de l'Institut d'études sociales, Université du Michigan, Ann Arbor

L'Avenir fédéraliste de l'Europe: des origines de la Communauté européenne à l'Union européenne est un excellent complément à la littérature anglophone sur l'Union européenne. Ce livre puissant et enrichissant était disponible, depuis le début des années 90, dans sa version française ainsi que dans d'autres langues, mais pas en anglais. Finalement, voici une édition anglaise laquelle est plus qu'une traduction d'un livre publié antérieurement. Cette version met en évidence les derniers développements et ajoute de nouvelles évaluations et recommandations. A bien des égards, il s'agit d'un nouveau livre.

L'Avenir fédéraliste de l'Europe est un livre d'une grande érudition. C'est une analyse et une histoire sans précédent de l'évolution de l'Union européenne, des changements de la société civile, mais aussi du comportement des Etats et des institutions. Tout en mettant à profit sa connaissance de la recherche américaine en relations internationales et en politique comparée, et en particulier des travaux sur l'Union européenne, l'auteur n'en affirme pas moins son indépendance. Il se fonde largement sur la contribution européenne, en particulier sur l'œuvre de Denis de Rougemont, qui est rarement prise en compte par les chercheurs anglophones.

L'Avenir fédéraliste de l'Europe est aussi, et peut-être même davantage, un plaidoyer. Dusan Sidjanski est un fédéraliste profondément engagé. Son livre soutient avec force la thèse d'un futur fédéraliste pour l'Europe. Il pense que seule la création d'une fédération peut permettre à l'Europe de dépasser les divisions nationales et ethniques qui ont été la cause de tant de catastrophes durant le vingtième siècle.

Ce mélange d'une grande érudition et d'un puissant plaidoyer en fait un livre très original. Depuis qu'en mai 1950, Robert Schuman proposa que la France et l'Allemagne unissent leurs industries du charbon et de l'acier, les anglophones ont suivi de près le processus d'intégration européenne. Les Américains en particulier ont cherché à élaborer des modèles théoriques susceptibles de fournir un cadre d'analyse de ce processus.

S'inspirant des tactiques utilisées par Jean Monnet, Ernst B. Haas a développé dans son ouvrage magistral The Uniting of Europe (1958), la théorie du néo-fonctionnalisme. Selon Haas, la logique dynamique d'intégration sectorielle est la clé du processus d'intégration européenne. La technologie et la dimension croissante de l'activité économique conduiraient à l'intégration dans un secteur; l'intégration dans un secteur susciterait des pressions qui auraient un effet de "débordement" ou de "spill over" lequel provoquerait à son tour l'intégration dans d'autres secteurs; le processus serait conduit et modelé par des acteurs supranationaux. Durant de nombreuses années, le néo-fonctionnalisme a été l'explication favorite des Américains du processus d'intégration européenne. Certes le fédéralisme était la finalité envisagée par Monnet et par de nombreux néo-fonctionnalistes. Mais dans le néo-fonctionnalisme, le fédéralisme devait être réalisé comme par ruse. De plus, tous les néo-fonctionnalistes n'ont pas été explicites sur les résultats finals qu'ils envisageaient pour l'intégration européenne.

Plus récemment, les analystes américains de l'intégration européenne se sont divisés entre ceux qui restent dans la tradition des néo-fonctionnalistes et soulignent le rôle des acteurs supranationaux et ceux qui pensent que les gouvernements des grands Etats membres sont les principaux responsables qui orientent et modèlent le processus. Andrew Moravcsik soutient cette thèse avec force dans son ouvrage, The Choice for Europe (1998). Pour Moravcsik, les forces motrices sont l'avantage commercial, le pouvoir relatif de négociation des gouvernements et la négociation interétatique. Moravcsik et d'autres de la même tendance, admettent néanmoins le transfert du pouvoir souverain des Etats membres aux institutions européennes et soutiennent que ce mouvement va continuer, mais ils s'abstiennent de prédire un futur fédéraliste pour l'Europe.

La position fédéraliste a généralement été ignorée dans les analyses de l'intégration européenne effectuées par des auteurs anglophones. Curieusement et en dépit de l'histoire glorieuse de leur fédéralisme, les Américains ont largement ignoré la conception et l'approche fédéralistes. Aux côtés des œuvres de Haas et de Moravcsik, l'œuvre de Sidjanski, laquelle affirme avec clarté la position fédéraliste, fera école en matière d'études européennes. Sidjanski met en lumière les racines historiques profondes du fédéralisme européen, il démontre combien fort est l'engagement des leaders contemporains en faveur de cette conception et à quel point elle a influencé la société civile européenne.

Les chercheurs américains en sciences sociales seront intrigués par l'Avenir fédéraliste de l'Europe. Nous ne sommes pas habitués à lire des livres qui sont à la fois de profonds ouvrages d'érudition et de puissants plaidoyers. The Federalist appartient à cette tradition tout comme le Congressional Governement de Woodrow Wilson. Mais dans la seconde moitié du vingtième siècle, les chercheurs en sciences sociales ont rarement écrit de tels livres. Etant donné que ce genre de liens effectifs entre érudition et plaidoyer est si rare, l'Avenir fédéraliste de l'Europe est un régal (plaisir) à savourer.

Son message mérite réflexion. Le futur de l'Europe est une des grandes questions de la vie contemporaine. L'intégration européenne est-elle un processus qui ressemblera rétrospectivement à l'unification, au dix-neuvième siècle, de l'Allemagne et de l'Italie, ou est-ce un processus qui crée de nouvelles formes d'autorité politique, comme cela s'est passé au dix-septième siècle lorsque, à la suite de la Paix de Westphalie et d'ultérieurs développements, l'Etat souverain défini territorialement émergea sous sa forme dominante ? Sidjanski fait une puissante démonstration en faveur d'une Europe fédérée, comme étant à la fois le plus souhaitable et le plus probable des résultats. Qu'on l'approuve ou non, sa thèse doit être prise en considération et examinée. La publication de l'édition anglaise de son livre permettra d'enrichir la discussion, devenant une part essentielle du débat académique et public concernant le futur de l'Europe.

Le livre de Sidjanski reflète sa vie. Né yougoslave, il émigra et choisit la Suisse dont il devint citoyen. Sa carrière professionnelle s'est déroulée en Suisse, où professeur de science politique, il fonda le département de science politique de l'Université de Genève. Il a été l'un des premiers politologues suisses à utiliser des techniques analytiques avancées. Il en a profité pour moderniser et développer le département de science politique de l'Université de Genève. Comme Yougoslave, il connaît les terribles conséquences des conflits ethniques. Comme Suisse, il connaît les bénéfices, les principes opérationnels et les pratiques du fédéralisme.

L'Avenir fédéraliste de l'Europe a été écrit avec perspicacité, savoir et passion. Les lecteurs seront informés et touchés. Je le recommande vivement à toute personne intéressée à l'Europe et, plus largement, à toutes celles intéressées par les affaires internationales contemporaines.


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