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L'Avenir fédéraliste de l'Europe

L'Avenir fédéraliste de l'Europe: la Communauté Européenne des origines au traité de Maastricht
Dusan Sidjanski

ISBN:2-13-0-44-944-1
Publié par: PUF, Coll. IUEE, Paris
Date: 1992, 1993

Introduction par J. Delors

Avant-propos de H. K. Jacobson

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D'autres information peuvent être obtenues en s'adressant à

dusan.sidjanski@politic.unige.ch

 

Mémorandum sur le Centre européen de la Culture
Dusan Sidjanski

1. Statuts, assemblées, membres


Les modifications importantes des statuts du CEC qui ont été annoncées lors de la convoca-tion d'une Assemblée générale extraordinaire ont éveillé mon attention et mes espoirs. Dès réception de la convocation de cette Assemblée, j'ai demandé à plusieurs reprises le projet de modification des statuts qui aurait dû normalement nous avoir été envoyé 21 jours avant la date de l'Assemblée. Je crois qu'en tant que membre du CEC, j'aurais eu le droit d'être informé à temps des modifications envisagées d'autant que j'avais l'intention de m'exprimer sur ce point important avant de me rendre en Afrique du sud à la fin de novembre 1999. Malgré mes demandes répétées, je n'ai pas réussi à obtenir ce document. C'est alors que j'ai décidé d'adres-ser une lettre ouverte le 25 novembre 1999 aux principaux intéressés afin d'attirer leur atten-tion sur le CEC en tant qu'un des instruments de la présence suisse en Europe.

 

Mon but n'était pas d'empêcher la relance du CEC mais d'y contribuer. A mon retour de voyage, j'ai trouvé le projet de révision des statuts daté du 17 novembre 1999 qui m'a été en-voyé le 3 décembre 1999 par "exprès recommandé" alors que je me trouvais en Afrique du sud. Dans l'ensemble, je n'ai pu que constater le manque de transparence, des retards dans l'envoi des informa-tions et surtout le silence qui aujourd'hui encore entoure les travaux et les résultats de l'As-semblée générale extraordinaire.

 

Plusieurs questions mériteraient une réponse:

Qui étaient présents lors de cette Assemblée "importante", quelle a été la proportion des parti-cipants à l'AGE par rapport à l'ensemble des membres du CEC et quelles ont été les décisions adoptées?

 

La nouvelle Présidente et le Comité de direction ont-ils défini les grandes lignes du pro-gramme du CEC et, si oui, pourquoi les membres n'en ont pas été informés?

 

Existe-t-il un procès-verbal de cette Assemblée? Et au cas où il serait disponible pourquoi les membres ne l'ont-ils pas reçu? Depuis quelques années, les appels des cotisations, les rapports annuels et les lettres d'information annoncent invariablement sous la signature du Président exécutif "la réorganisation du CEC est maintenant achevée" ou le CEC "entre cette année dans une phase décisive de son développement"… Une fois de plus, la convocation à l'As-semblée générale extraordinaire du 6 décembre 1999 souligne l'importance particulière des modifications des statuts pour l'avenir du Centre. Personnellement, je ne crois pas qu'une modification des statuts suffit pour relancer les activités du CEC.

 

Au cours des deux dernières années, les as-semblées générales se sont espacées, leur fréquentation a diminué témoignant d'une distance accrue entre la direction et les membres, de la baisse de leur participation et, fort probable-ment, du nombre des membres. D'où la question de savoir quelle a été l'évolution du nombre des membres du CEC au cours de cette décennie et quel a été le taux de leur participation aux Assemblées générales et aux activités du CEC.

 

Face à ce manque de transparence, j'ai décidé de vous faire part ainsi qu'à nos responsables politiques et universitaires de mon analyse des activités du CEC et de mes préoccupations quant à l'avenir de cette prestigieuse institution dont le capital réputation est en train d'être gaspillé.

 

2. Les publications du CEC


Mon constat est inquiétant malgré quelques signes positifs. En effet, au cours de cette décen-nie le CEC a abandonné son rôle principal de lieu de réflexion, foyer de production d'idées et d'innovations. La revue Cadmos qui a connu un certain succès a été bradée au profit de la revue Transeuropéennes dont le siège a été transféré à Paris et qui très vite s'est séparée du CEC. A partir de l'hiver 1995/96 et après les six numéros elle n'est plus éditée par le Centre. Le fichier des abonnés qui a été établi au cours de longues années par le CEC a été perdu pour celui-ci tout en continuant d'être sans doute exploité par la revue Transeuropéennes à Paris. Une nou-velle publication est lancée en automne 1996 sous le titre Temps européens. Les deux numé-ros des Temps européens sont très prometteurs tant par leur contenu que par la qualité des collaborateurs. Le deuxième numéro paru au Printemps 1997 a été aussi le dernier. Cette ac-tion créatrice a été abandonnée et on lui a substitué une lettre du Centre et des activités de la Maison de l'Europe, intéressantes mais limitées, sinon locales.

 

Ainsi toute cette activité essentielle de réflexion, de promotion et de diffusion ainsi que du rayonnement en Europe est progressivement abandonnée. Tant la présence de la Suisse ou plutôt des Suisses, sous une forme non-gouvernementale à travers le CEC que la contribution de son expérience fédérative telle que vécue dans une communauté représentant un microcosme européen, multilingue et multinational ont été délaissées. Or, c'est ce travail de fond et de pionnier qui a fait la réputation du CEC et lui a permis d'exercer une certaine in-fluence. De fait, les études et les publications du CEC sur "l'Université européenne", sur "l'Eu-rope des régions" ainsi que sur "l'éducation européenne" et le "fédéralisme", lui ont valu une place de premier plan en Europe. Toute cette richesse a été graduellement gaspillée. Une perte pour Genève et pour la Suisse.

 

Dans le domaine des publications, il faut mettre à l'actif du Centre la collection des fascicules publiée sous le titre l'Europe en bref. Cette collection présente des analyses des problèmes actuels dans une approche européenne. Le Centre a eu le rôle de promotion de conception et de coordination. Il a confié les diverses analyses aux auteurs recrutés à l'extérieur parmi les spécialistes, universitaires et chercheurs. A partir de leur publication par Actes Sud, le Centre a contribué à la diffusion des coffrets dont le n° 7 "Europe, cultures et conflits: l'humanitaire en question" est annoncé pour le mois d'avril 2000. Il serait intéressant de disposer de données précises sur les tirages, la diffusion et les bénéfices.

 

3. Taux de renouvellement des membres du Comité directeur


Les changements des collaborateurs, des membres du Comité directeur et la chute probable du nombre des mem-bres du CEC sont autant de signes inquiétants. Au cours de ces années, le seul élément stable était le Président exécutif, alors que les membres du Comité directeur et les collaborateurs ont connu un taux de renouvellement impressionnant. Les uns après les autres se sont retirés vo-lontairement ou non et ont été remplacés par des nouvelles recrues qui, à leur tour, sont par-ties. Le changement n'est pas mauvais en soi mais il exige l'existence d'un noyau solide capable d'assurer la continuité des activités. Or le rythme observé au CEC soulève des questions et suscite des préoccupations. D'autant plus que nombreux sont les anciens mem-bres et collaborateurs qui ont gardé une certaine amertume, voire un sentiment de désillusion. Plusieurs de mes anciens étudiants qui étaient en mesure d'animer la recherche et la réflexion n'ont fait que de brefs passages au CEC. Or ces jeunes à la fois dynamiques et compétents formaient un potentiel prometteur.

4. Programme et objectifs


Ces changements de personnel se doublent de change-ments d'orientations et de programmes. En effet, un survol des activités montre que des pro-jets se succèdent à un rythme accéléré et suscitent des questions sur les réalisations du CEC et sur la continuité de ses activités. On a l'impression qu'il s'agit d'improvisations pragmatiques voire opportunistes.

 

Même les personnes les mieux disposées à l'égard du CEC ont des diffi-cultés à suivre ses sautes politiques et ses changements incessants des objectifs proposés et des programmes inachevés dont les exemples abondent: des projets comme "Foyers de mémoire", "Les Rencontres Denis de Rougemont" et les rencontres "Intercultures", de même que les "Euroforums", "Carrefours des médias", "L'appel aux Suisses", les courriers et brochures. Quant aux Lettres d'information elles sont envoyées aux membres durant les dernières années. La plupart des programmes se sont finalement mué en événements ponctuels, sans continuité ni développement à moyen terme. Les changements des objectifs du CEC n'ont pas manqué ces derniers temps: tantôt centre de "Réflexion et d'action", de "recherche et d'action", "centre d'information", le CEC se définit aussi comme un "foyer d'initiatives", un lieu de "défense des droits culturels" et récemment en tant que centre d'études et de "prévention de conflits". La liste des projets et des intentions est longue. Qu'en est-il de leurs réalisations? Il semble que pour pallier le manque de résultats, le Centre ait été réduit à proposer sans cesse de nouveaux projets sans trop prêter l'attention à leur suivi.

 

Telles sont les principales interrogations et les quelques doutes à propos des activités du CEC et de son avenir.

 

Regard sur l'avenir


Dans l'état actuel, le Centre n'est pas en mesure de mettre en œuvre les buts généraux qu'il s'est fixés et tels qu'ils figurent dans le Rapport de l'évaluation et recommandations du Conseil suisse de la Science de 1997.

 

Le Rapport énumère les activités et en particulier les activités de publication du Centre, (Temps euro-péens &endash; La Revue du Centre européen de Culture), des séminaires et "euroateliers". Toute une série d'activités et tâches ont trait à la recherche scientifique portant notamment sur la diversité culturelle et les relations interculturelles qui devaient être accomplies avec la participation des milieux scientifiques et dans une approche interdisciplinaire. De toute évidence, pour tout un chacun qui connaît les capacités, les res-sources et le manque de personnel qualifié au CEC, il est clair que le Centre n'était pas et n'est pas aujourd'hui en mesure de remplir la plupart de ces tâches. D'où d'ailleurs sa réorientation et sa conversion en une Maison de l'Europe et sa coupure d'avec le monde universitaire et scientifique (exception faite de la collection L'Europe en bref) ainsi que son incapacité à animer des réseaux européens.

 

A ce propos les recommandations du Conseil suisse de la science sont particulièrement signi-ficatives. Une des conditions à poser par la Confédération était la création d'un Conseil scien-tifique opérationnel. Le mandat du CEC devrait être clairement défini et sa réalisation soumise à un examen périodique. Il a été envisagé en outre un rapprochement avec d'autres institutions universitai-res ou para-universitaires. Or, le Centre n'a jamais été aussi éloigné de ces institutions comme en témoigne entre autres son absence du réseau genevois.

 

La question est posée de savoir si le Centre contribue au rayonnement de Genève et de la Suisse. A cette question, je réponds par la négative. Je considère en effet qu'au lieu de profiter de l'héritage européen de Denis de Rougemont et de l'environnement scientifique de Genève et de son réseau européen et international, le Centre a vu ses activités se réduire comme une peau de chagrin.

 

Et pourtant les tâches fondamentales qui sont à la portée du Centre ne man-quent pas. Une des tâches les plus indispensables aujourd'hui est sans aucun doute l'éducation européenne. C'est un des moyens de former les futures générations d'Européens et de contri-buer à prévenir les conflits (civisme européen, révision des manuels d'histoire et de géogra-phie notamment). C'est un domaine en friche où le CEC, dans la ligne des travaux menés à bien à l'époque de Denis de Rou-gemont, a une tâche à remplir.

 

Une deuxième activité que Jacques Freymond a essayé de relancer, consiste à repenser le fé-déralisme et son apport à l'union de l'Europe ainsi qu'à diffuser l'esprit et la méthode fédéra-tive en tirant des leçons des expériences des Etats-Unis, de l'Allemagne et de l'Autriche et en particulier de l'expérience suisse. C'est ainsi que le CEC, et par son intermédiaire la Suisse, pourrait contribuer au débat européen et à l'orientation de l'Union européenne. Là encore le Centre se fait remarquer par son silence.

 

Dans ces conditions ne faudrait-il pas saisir cette occasion de réforme pour faire un bilan des activités du CEC et pour proposer, avec l'aide d'un groupe de personnes de haut niveau, un programme cohérent à plus long terme qui permettrait de doter le CEC des ressources dont il a besoin pour le mettre en œuvre. Dès lors, on pourrait espérer que Berne apportera à nouveau sa contribution et que l'Etat de Genève sera disposé à l'accroître. De surcroît, le CEC pourrait, à la suite d'une réforme profonde, redevenir une ins-titution active sur les plans européen et genevois et, par la suite, un participant actif au sein du réseau genevois grâce à ses activités complémentaires à celles de l'Université et de son Institut européen, de l'Institut HEI et en partenariat avec des organisations européennes et internationales.

 

Si j'avais décidé d'adresser ma première lettre du 25.11.99 aux hauts responsables suisses et genevois et qu'aujourd'hui je choisis la même procédure pour l'envoi des copies de la présente lettre et du mémorandum annexé, c'est que j'ai estimé que le sort du CEC doit retenir toute leur attention. Le CEC mérite d'être inscrit à l'ordre du jour de nos hautes instances politiques et universitaires. En effet, le Centre européen de la Culture représente un atout d'importance pour la Suisse et Genève et, à ce titre, il doit retrouver son rôle et sa place en Europe.


  • A propos de l'article "Le Centre européen, un moribond que personne ne pleure", Dusan Sidjanski, professeur honoraire de science politique et d'intégration européenne, un des plus anciens et des plus proches collaborateurs de Denis de Rougemont nous écrit :

    Le Centre européen de la culture :

    une idée plus vivante que jamais

    La lecture de cette mosaïque de justifications d'une mise à mort et de regrets pré-posthumes m'a incité à attirer notre attention sur les responsabilités européennes de Genève et de la Suisse ainsi que sur les dégâts inestimables qui résulteraient de cette disparition. Affaire d'image mais aussi affaire de la présence de notre pays en Europe. Au moment où la Confédération investit onze millions dans "Présence suisse" pour redorer l'image de la Suisse à l'extérieur, Genève invite à liquider une institution européenne que le Congrès de La Haye (1948) lui avait confiée. Institution appelée à durer au-delà des hommes qui ont contribué à sa dégradation tolérée par le principal bailleur en dépit de nombreux avertissements et des recommandations du Conseil suisse de la science (1997).

    Cette faillite programmée est un signe fort inscrit dans le sillage du "Non à l'Europe" qui aura une large résonance au-delà des frontières auprès de l'Association des 200 Maisons de l'Europe dont le Centre est un membre en vue, mais aussi auprès de l'Union européenne, du Conseil de l'Europe et de nos amis. Quel spectacle que celui d'un pays opulent bradant un fonds institutionnel européen !

    Le Centre ne mérite pas ce sort, malgré l'effritement de son capital réputation et influence, il garde une grande valeur potentielle. Sa mission d'éducation européenne et de diffusion des principes de fédéralisme est plus actuelle que jamais à la veille de l'élargissement de l'Union européenne. Symbole de la pensée et de l'action de Denis de Rougemont, le Centre a un rôle unique en regard de la culture européenne commune et diverse qui est le fondement du fédéralisme européen. Or dans ce débat qui s'ouvre et dont la Suisse est absente, le Centre rajeuni devrait être la voix de l'expérience suisse.

    Le Centre, Genève et la Suisse ont-ils le droit de se dérober à leurs responsabilités. Il est urgent de réunir toutes les forces susceptibles d'apporter leur soutien à la renaissance du Centre: Institut européen de l'Université de Genève, Institut du fédéralisme de l'Université de Fribourg, Institut de droit européen de l'Université de Lausanne, enseignants et chercheurs de concert avec la Fondation Denis de Rougemont, le Forum de politique internationale et la "Présence suisse", tous réunis en un réseau opérationnel autour du Centre. Trouver des hommes et convoquer une réunion préparatoire pour mettre au point un programme, obtenir des soutiens financiers publics et privés et assurer la survie du projet européen dont le Centre est porteur. C'est la seule réponse digne de Genève et de la Suisse


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