Mémorandum
sur le Centre européen de la
Culture
Dusan
Sidjanski
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1. Statuts,
assemblées, membres
Les modifications importantes des statuts du CEC qui
ont été annoncées lors de la
convoca-tion d'une Assemblée
générale extraordinaire ont
éveillé mon attention et mes espoirs.
Dès réception de la convocation de cette
Assemblée, j'ai demandé à plusieurs
reprises le projet de modification des statuts qui aurait
dû normalement nous avoir été
envoyé 21 jours avant la date de
l'Assemblée. Je crois qu'en tant que membre du
CEC, j'aurais eu le droit d'être informé
à temps des modifications envisagées
d'autant que j'avais l'intention de m'exprimer sur ce
point important avant de me rendre en Afrique du sud
à la fin de novembre 1999. Malgré mes
demandes répétées, je n'ai pas
réussi à obtenir ce document. C'est alors
que j'ai décidé d'adres-ser une lettre
ouverte le 25 novembre 1999 aux principaux
intéressés afin d'attirer leur atten-tion
sur le CEC en tant qu'un des instruments de la
présence suisse en Europe.
Mon but n'était pas d'empêcher la relance
du CEC mais d'y contribuer. A mon retour de voyage, j'ai
trouvé le projet de révision des statuts
daté du 17 novembre 1999 qui m'a été
en-voyé le 3 décembre 1999 par
"exprès recommandé" alors que je me
trouvais en Afrique du sud. Dans l'ensemble, je n'ai pu
que constater le manque de transparence, des retards dans
l'envoi des informa-tions et surtout le silence qui
aujourd'hui encore entoure les travaux et les
résultats de l'As-semblée
générale extraordinaire.
Plusieurs questions mériteraient une
réponse:
Qui étaient présents lors de cette
Assemblée "importante", quelle a été
la proportion des parti-cipants à l'AGE par
rapport à l'ensemble des membres du CEC et quelles
ont été les décisions
adoptées?
La nouvelle Présidente et le Comité de
direction ont-ils défini les grandes lignes du
pro-gramme du CEC et, si oui, pourquoi les membres n'en
ont pas été informés?
Existe-t-il un procès-verbal de cette
Assemblée? Et au cas où il serait
disponible pourquoi les membres ne l'ont-ils pas
reçu? Depuis quelques années, les appels
des cotisations, les rapports annuels et les lettres
d'information annoncent invariablement sous la signature
du Président exécutif "la
réorganisation du CEC est maintenant
achevée" ou le CEC "entre cette année dans
une phase décisive de son
développement"
Une fois de plus, la
convocation à l'As-semblée
générale extraordinaire du 6
décembre 1999 souligne l'importance
particulière des modifications des statuts pour
l'avenir du Centre. Personnellement, je ne crois pas
qu'une modification des statuts suffit pour relancer les
activités du CEC.
Au cours des deux dernières années, les
as-semblées générales se sont
espacées, leur fréquentation a
diminué témoignant d'une distance accrue
entre la direction et les membres, de la baisse de leur
participation et, fort probable-ment, du nombre des
membres. D'où la question de savoir quelle a
été l'évolution du nombre des
membres du CEC au cours de cette décennie et quel
a été le taux de leur participation aux
Assemblées générales et aux
activités du CEC.
Face à ce manque de transparence, j'ai
décidé de vous faire part ainsi qu'à
nos responsables politiques et universitaires de mon
analyse des activités du CEC et de mes
préoccupations quant à l'avenir de cette
prestigieuse institution dont le capital
réputation est en train d'être
gaspillé.
2. Les
publications du CEC
Mon constat est inquiétant malgré
quelques signes positifs. En effet, au cours de cette
décen-nie le CEC a abandonné son rôle
principal de lieu de réflexion, foyer de
production d'idées et d'innovations. La revue
Cadmos qui a connu un certain succès a
été bradée au profit de la revue
Transeuropéennes dont le siège a
été transféré à Paris
et qui très vite s'est séparée du
CEC. A partir de l'hiver 1995/96 et après les six
numéros elle n'est plus éditée par
le Centre. Le fichier des abonnés qui a
été établi au cours de longues
années par le CEC a été perdu pour
celui-ci tout en continuant d'être sans doute
exploité par la revue Transeuropéennes
à Paris. Une nou-velle publication est
lancée en automne 1996 sous le titre Temps
européens. Les deux numé-ros des Temps
européens sont très prometteurs tant par
leur contenu que par la qualité des
collaborateurs. Le deuxième numéro paru au
Printemps 1997 a été aussi le dernier.
Cette ac-tion créatrice a été
abandonnée et on lui a substitué une lettre
du Centre et des activités de la Maison de
l'Europe, intéressantes mais limitées,
sinon locales.
Ainsi toute cette activité essentielle de
réflexion, de promotion et de diffusion ainsi que
du rayonnement en Europe est progressivement
abandonnée. Tant la présence de la Suisse
ou plutôt des Suisses, sous une forme
non-gouvernementale à travers le CEC que la
contribution de son expérience
fédérative telle que vécue dans une
communauté représentant un microcosme
européen, multilingue et multinational ont
été délaissées. Or, c'est ce
travail de fond et de pionnier qui a fait la
réputation du CEC et lui a permis d'exercer une
certaine in-fluence. De fait, les études et les
publications du CEC sur "l'Université
européenne", sur "l'Eu-rope des régions"
ainsi que sur "l'éducation européenne" et
le "fédéralisme", lui ont valu une place de
premier plan en Europe. Toute cette richesse a
été graduellement gaspillée. Une
perte pour Genève et pour la Suisse.
Dans le domaine des publications, il faut mettre
à l'actif du Centre la collection des fascicules
publiée sous le titre l'Europe en bref. Cette
collection présente des analyses des
problèmes actuels dans une approche
européenne. Le Centre a eu le rôle de
promotion de conception et de coordination. Il a
confié les diverses analyses aux auteurs
recrutés à l'extérieur parmi les
spécialistes, universitaires et chercheurs. A
partir de leur publication par Actes Sud, le Centre a
contribué à la diffusion des coffrets dont
le n° 7 "Europe, cultures et conflits: l'humanitaire
en question" est annoncé pour le mois d'avril
2000. Il serait intéressant de disposer de
données précises sur les tirages, la
diffusion et les bénéfices.
3. Taux de
renouvellement des membres du Comité
directeur
Les changements des collaborateurs, des membres du
Comité directeur et la chute probable du nombre
des mem-bres du CEC sont autant de signes
inquiétants. Au cours de ces années, le
seul élément stable était le
Président exécutif, alors que les membres
du Comité directeur et les collaborateurs ont
connu un taux de renouvellement impressionnant. Les uns
après les autres se sont retirés
vo-lontairement ou non et ont été
remplacés par des nouvelles recrues qui, à
leur tour, sont par-ties. Le changement n'est pas mauvais
en soi mais il exige l'existence d'un noyau solide
capable d'assurer la continuité des
activités. Or le rythme observé au CEC
soulève des questions et suscite des
préoccupations. D'autant plus que nombreux sont
les anciens mem-bres et collaborateurs qui ont
gardé une certaine amertume, voire un sentiment de
désillusion. Plusieurs de mes anciens
étudiants qui étaient en mesure d'animer la
recherche et la réflexion n'ont fait que de brefs
passages au CEC. Or ces jeunes à la fois
dynamiques et compétents formaient un potentiel
prometteur.
4. Programme
et objectifs
Ces changements de personnel se doublent de
change-ments d'orientations et de programmes. En effet,
un survol des activités montre que des pro-jets se
succèdent à un rythme
accéléré et suscitent des questions
sur les réalisations du CEC et sur la
continuité de ses activités. On a
l'impression qu'il s'agit d'improvisations pragmatiques
voire opportunistes.
Même les personnes les mieux disposées
à l'égard du CEC ont des
diffi-cultés à suivre ses sautes politiques
et ses changements incessants des objectifs
proposés et des programmes inachevés dont
les exemples abondent: des projets comme "Foyers de
mémoire", "Les Rencontres Denis de Rougemont" et
les rencontres "Intercultures", de même que les
"Euroforums", "Carrefours des médias", "L'appel
aux Suisses", les courriers et brochures. Quant aux
Lettres d'information elles sont envoyées aux
membres durant les dernières années. La
plupart des programmes se sont finalement mué en
événements ponctuels, sans
continuité ni développement à moyen
terme. Les changements des objectifs du CEC n'ont pas
manqué ces derniers temps: tantôt centre de
"Réflexion et d'action", de "recherche et
d'action", "centre d'information", le CEC se
définit aussi comme un "foyer d'initiatives", un
lieu de "défense des droits culturels" et
récemment en tant que centre d'études et de
"prévention de conflits". La liste des projets et
des intentions est longue. Qu'en est-il de leurs
réalisations? Il semble que pour pallier le manque
de résultats, le Centre ait été
réduit à proposer sans cesse de nouveaux
projets sans trop prêter l'attention à leur
suivi.
Telles sont les principales interrogations et les
quelques doutes à propos des activités du
CEC et de son avenir.
Regard sur
l'avenir
Dans l'état actuel, le Centre n'est pas en
mesure de mettre en uvre les buts
généraux qu'il s'est fixés et tels
qu'ils figurent dans le Rapport de l'évaluation et
recommandations du Conseil suisse de la Science de
1997.
Le Rapport énumère les activités
et en particulier les activités de publication du
Centre, (Temps euro-péens &endash; La Revue du
Centre européen de Culture), des séminaires
et "euroateliers". Toute une série
d'activités et tâches ont trait à la
recherche scientifique portant notamment sur la
diversité culturelle et les relations
interculturelles qui devaient être accomplies avec
la participation des milieux scientifiques et dans une
approche interdisciplinaire. De toute évidence,
pour tout un chacun qui connaît les
capacités, les res-sources et le manque de
personnel qualifié au CEC, il est clair que le
Centre n'était pas et n'est pas aujourd'hui en
mesure de remplir la plupart de ces tâches.
D'où d'ailleurs sa réorientation et sa
conversion en une Maison de l'Europe et sa coupure d'avec
le monde universitaire et scientifique (exception faite
de la collection L'Europe en bref) ainsi que son
incapacité à animer des réseaux
européens.
A ce propos les recommandations du Conseil suisse de
la science sont particulièrement signi-ficatives.
Une des conditions à poser par la
Confédération était la
création d'un Conseil scien-tifique
opérationnel. Le mandat du CEC devrait être
clairement défini et sa réalisation soumise
à un examen périodique. Il a
été envisagé en outre un
rapprochement avec d'autres institutions universitai-res
ou para-universitaires. Or, le Centre n'a jamais
été aussi éloigné de ces
institutions comme en témoigne entre autres son
absence du réseau genevois.
La question est posée de savoir si le Centre
contribue au rayonnement de Genève et de la
Suisse. A cette question, je réponds par la
négative. Je considère en effet qu'au lieu
de profiter de l'héritage européen de Denis
de Rougemont et de l'environnement scientifique de
Genève et de son réseau européen et
international, le Centre a vu ses activités se
réduire comme une peau de chagrin.
Et pourtant les tâches fondamentales qui sont
à la portée du Centre ne man-quent pas. Une
des tâches les plus indispensables aujourd'hui est
sans aucun doute l'éducation européenne.
C'est un des moyens de former les futures
générations d'Européens et de
contri-buer à prévenir les conflits
(civisme européen, révision des manuels
d'histoire et de géogra-phie notamment). C'est un
domaine en friche où le CEC, dans la ligne des
travaux menés à bien à
l'époque de Denis de Rou-gemont, a une tâche
à remplir.
Une deuxième activité que Jacques
Freymond a essayé de relancer, consiste à
repenser le fé-déralisme et son apport
à l'union de l'Europe ainsi qu'à diffuser
l'esprit et la méthode fédéra-tive
en tirant des leçons des expériences des
Etats-Unis, de l'Allemagne et de l'Autriche et en
particulier de l'expérience suisse. C'est ainsi
que le CEC, et par son intermédiaire la Suisse,
pourrait contribuer au débat européen et
à l'orientation de l'Union européenne.
Là encore le Centre se fait remarquer par son
silence.
Dans ces conditions ne faudrait-il pas saisir cette
occasion de réforme pour faire un bilan des
activités du CEC et pour proposer, avec l'aide
d'un groupe de personnes de haut niveau, un programme
cohérent à plus long terme qui permettrait
de doter le CEC des ressources dont il a besoin pour le
mettre en uvre. Dès lors, on pourrait
espérer que Berne apportera à nouveau sa
contribution et que l'Etat de Genève sera
disposé à l'accroître. De
surcroît, le CEC pourrait, à la suite d'une
réforme profonde, redevenir une ins-titution
active sur les plans européen et genevois et, par
la suite, un participant actif au sein du réseau
genevois grâce à ses activités
complémentaires à celles de
l'Université et de son Institut européen,
de l'Institut HEI et en partenariat avec des
organisations européennes et internationales.
Si j'avais décidé d'adresser ma
première lettre du 25.11.99 aux hauts responsables
suisses et genevois et qu'aujourd'hui je choisis la
même procédure pour l'envoi des copies de la
présente lettre et du mémorandum
annexé, c'est que j'ai estimé que le sort
du CEC doit retenir toute leur attention. Le CEC
mérite d'être inscrit à l'ordre du
jour de nos hautes instances politiques et
universitaires. En effet, le Centre européen de la
Culture représente un atout d'importance pour la
Suisse et Genève et, à ce titre, il doit
retrouver son rôle et sa place en Europe.