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L'Avenir fédéraliste de l'Europe

L'Avenir fédéraliste de l'Europe: la Communauté Européenne des origines au traité de Maastricht
Dusan Sidjanski

ISBN:2-13-0-44-944-1
Publié par: PUF, Coll. IUEE, Paris
Date: 1992, 1993

Introduction par J. Delors

Avant-propos de H. K. Jacobson

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D'autres information peuvent être obtenues en s'adressant à

dusan.sidjanski@politic.unige.ch

 

Plaidoyer pour la relance du Centre Européen de la Culture

En apprenant par la Tribune de Genève du 17 août 2001 que l'Etat de Genève est prêt à enterrer le Centre européen de la culture, actuellement à l'agonie, j'ai décidé de rompre le silence qui entoure cette disparition préjudiciable pour la Suisse et l'Europe. La présidence et l'ancienne direction du CEC portent certes une lourde responsabilité dans la dégradation de cette institution créée à Genève par Denis de Rougemont et Raymond Silva à la suite de la résolution culturelle du Congrès de La Haye de 1948. Mais l'Etat aussi a sa part de responsabilité dans la mesure où malgré de nombreux avertissements, il a laissé aller sans exercer son droit et son devoir de contrôle sur une institution qu'il a continué à subventionner. Dans ses recommandations adressées au Conseil fédéral, au Canton et à la Ville de Genève en octobre 1997, le Conseil suisse de la science les invite à associer à leur soutien un mandat clairement formulé qui doit faire l'objet d'un examen périodique . A ma connaissance, ces recommandations n'ont pas eu de suite.

En ma qualité d'un des plus anciens et fidèles collaborateurs de Denis de Rougemont, j'ai lancé des signaux d'alarme au sujet de l'incohérence et du manque d'idées et de projets substantiels et, surtout, à propos de la politique de fuite en avant. Je l'ai fait lors des assemblées générales du Centre qui tendaient à ne discuter que des problèmes statutaires et budgétaires en négligeant les problèmes de fond. Le 23 mars 2000, j'ai cru de mon devoir d'adresser une lettre ouverte accompagnée d'un mémorandum sur la situation du CEC aux responsables politiques fédéraux et cantonaux ainsi qu'aux autorités universitaires. Le diagnostic était clair: le CEC était en perte de vitesse et de prestige mais il n'en demeurait pas moins un instrument précieux de la présence suisse en Europe. En tant que tel il gardait sa valeur potentielle et représentait un capital-influence qui bien qu'entamé n'avait pas perdu entièrement toute sa valeur acquise grâce à l'œuvre et à l'action de Denis de Rougemont. Est-on en droit de brader ce "fonds institutionnel", après y avoir consacré tant de deniers publics au cours de multiples années sans se préoccuper des résultats des activités du CEC? Est-ce le moment de passer tout cet investissement par pertes sans profit à l'heure où les activités européennes méritent toute notre attention en raison même des enjeux et des choix auxquels sont confrontés les institutions et les pays européens?

Non Madame la Conseillère d'Etat, la mission et les objectifs du Centre n'ont pas perdu de leur importance pour l'Europe et la Suisse. Le dialogue des cultures n'est pas arrivé à son terme. Il serait surprenant que la Présidente de l'instruction publique puisse croire que les tâches d'éducation européenne sont achevées. La mission du CEC, sans perdre de son acuité, a une dimension nouvelle dans l'ère d'après la chute du mur de Berlin et à la veille de l'élargissement de l'Union européenne aux pays de l'Europe de l'Est. Au lieu de décréter la "liquidation" du CEC, assimilé de surcroît à des entreprises, il serait nécessaire de procéder à une refondation du Centre. Ce n'est pas parce que le CEC a été laissé à la dérive que sa mission peut être abandonnée et son potentiel bradé. Parmi les missions du Centre, une prioritaire concerne la diffusion à l'échelle de la grande Europe des valeurs et des principes de la démocratie et du fédéralisme. Est-il besoin de rappeler que les pays en transition démocratique sont loin d'avoir intériorisé ces valeurs de base qui constituent le fondement de la culture européenne. Faut-il insister sur le manque de respect de l'autre, sur la discrimination culturelle et politique qui est une pratique fréquente dans diverses régions de l'Europe. Il n'est pas nécessaire d'évoquer les ravages produits par des conflits interethniques dont les racines plongent dans la méconnaissance et l'irrespect des valeurs fondamentales. Les difficultés de cohabitation dans les Balkans mais aussi dans d'autres pays de l'Est, les poussées nationalistes et fondamentalistes en Europe sont autant de défis pour l'Europe et le Centre. A quoi le CEC peut-il servir aujourd'hui? Sa mission en matière d'éducation européenne et de diffusion des principes et des pratiques du fédéralisme est plus nécessaire que jamais. D'autant que la méthode fédérative permet d'organiser des sociétés complexes en préservant la diversité de leurs composantes tout en les intégrant dans les unions en fonction de leurs finalités communes. La mission du Centre en tant que promoteur et coordonnateur de telles actions éducatives loin d'être épuisée est élargie et vise à combler un vide en Europe.

A titre d'exemple, l'initiative du Centre pourrait innover dans l'enseignement des sciences sociales et dans l'éducation civique ainsi que dans l'apprentissage des méthodes. Premièrement en encourageant et en coordinant les révisions des manuels d'histoire et de géographie en particulier dans une perspective multinationale européenne d'histoire, de géographie notamment dans une perspective multinationale européenne voire mondiale. Mieux que personne Madame Brunschwig-Graf connaît le rôle des manuels scolaires dans la formation de concepts tels que la patrie, le pays et l'Etat ainsi que des valeurs et des préjugés. Deuxièmement en cherchant à compléter cette action par le recours à la nouvelle méthode "la main à la pâte", conçue et mise en œuvre par deux Prix Nobel de physique, les professeurs Charpak et Ledermann. L'apprentissage par voie d'expérimentation directe facilite non seulement l'acquisition de méthodes de penser nouvelles mais contribue en même temps au développement de la personnalité des élèves et à leurs relations harmonieuses. La convergence de ces méthodes d'éducation de base aide à l'apprentissage et à la pratique de la démocratie et du fédéralisme.

Comment justifier le fait qu'au moment où le débat européen sur le fédéralisme et l'avenir de l'Europe se déroule dans les pays voisins, la Suisse en est absente. Le pays qui a le plus à apporter dans cette réflexion, se fait remarquer par son absence! Si l'intervention dans ce débat sur notre avenir européen n'incombe pas à nos autorités, qui peut en assumer la responsabilité? A mon avis, le Centre a été créé pour accomplir cette mission. Or malgré sa faiblesse actuelle, un Centre redynamisé et rajeuni, s'appuyant sur les compétences de l'Institut européen de l'Université de Genève, sur la Fondation Denis de Rougemont et sur d'autres institutions de recherche, serait tout désigné pour faire entendre la voix de l'expérience suisse et une réflexion à la fois sur la mutation de son fédéralisme et sur la quête d'un fédéralisme européen inédit. C'est la meilleure façon de continuer l'œuvre créatrice et innovatrice entreprise par Denis de Rougemont et de faire vivre sa pensée en l'enrichissant de nos apports et de nos efforts. C'est le rôle irremplaçable qui revient au Centre en tant que noyau d'un réseau à bâtir.

Quelle est l'institution suisse qui accomplit les tâches du CEC qui depuis 1950 a occupé une place de choix parmi les associations et organisations non gouvernementales en Europe, auprès de l'Union européenne comme du Conseil de l'Europe. Malgré son déclin, le Centre a continué à vivre sur sa réputation et sur son "fonds de culture". Cette présence suisse-européenne peut-elle être supprimée sans avoir pris en considération la position des membres du Centre et sans se poser sérieusement la question de l'effet que provoquera cette "liquidation" d'une institution autonome, bien que subventionnée, sur l'image de la Suisse et de Genève. J'ai la conviction que le Centre peut être en mesure, à certaines conditions, de remplir son rôle de foyer de réflexion, de centre d'impulsion et de pôle de coordination.

Son rôle européen de la culture n'est pas de restaurer des monuments ou d'organiser des expositions ou des discussions de café mais de rappeler en tout temps l'ensemble des finalités et des valeurs communes qui doivent orienter toute l'action politique et sociale, scientifique et économique, et d'abord éducative, pour l'union fédérale des Européens (Denis de Rougemont). Pour pouvoir à nouveau assumer cette tâche fondamentale et spécifique dans sa généralité, il faudrait dresser sur la base d'un programme, un tableau des personnes et des institutions qui pourraient apporter leur contribution à cette mission du Centre, les réunir pour créer un réseau fonctionnel et répartir les tâches. Les institutions telles que l'Institut européen de l'Université de Genève et d'autres instituts universitaires apporteraient par leurs analyses de l'environnement européen ou par l'engagement personnel de leurs membres, leur soutien à l'action du Centre qui assumerait une tâche de coordination en collaboration avec la Fondation Denis de Rougemont. Dans cette perspective, il est urgent de trouver des hommes et de convoquer une réunion préparatoire qui assurerait la survie du Centre et du projet européen dont il est porteur. Le condamner sans avoir fait un effort de refondation serait non seulement un gaspillage de plus mais un acte préjudiciable pour Genève et pour la Suisse.

 

Dusan Sidjanski

professeur honoraire de science

politique et d'intégration européenne,

Université de Genève

 

PS. Peuvent être consultés sur le site de la Tribune de Genève ou www.eurofederalism.com


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